En effet, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’Homme (BCNUDH) a fait état de l’exécution sommaire de plus de 300 civils par les Forces démocratiques alliées (ADF) dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) depuis le début de l’année.

Selon les Nations Unies, dans une annonce faite ce jeudi, les attaques attribuées aux ADF dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, ciblent principalement les populations civiles, avec des massacres perpétrés dans des villages isolés, des enlèvements de civils et des destructions de biens. Plusieurs incidents meurtriers ont encore été signalés ces derniers jours dans la région de Beni, où des dizaines de personnes ont été tuées lors d’attaques nocturnes.

Qui sont les ADF ?

Les Forces démocratiques alliées (ADF) sont un groupe armé d’origine ougandaise créé dans les années 1990 à partir d’une coalition de mouvements opposés au gouvernement de l’Ouganda. Chassé de son territoire d’origine, le groupe s’est progressivement implanté dans l’est de la RDC, principalement dans les zones forestières du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Depuis 2019, l’organisation est considérée comme affiliée au groupe État islamique, qui l’a intégrée à sa branche d’Afrique centrale. Cette affiliation a renforcé sa visibilité internationale sans pour autant modifier sa stratégie de terreur contre les populations civiles.

Un lourd bilan d’exactions

Les ADF sont accusées de nombreuses violations graves des droits humains. Selon plusieurs enquêtes des Nations Unies et d’organisations internationales, le groupe est responsable de massacres de civils, d’exécutions sommaires, d’enlèvements, de tortures, de recrutements forcés d’enfants soldats ainsi que de violences sexuelles systématiques contre les femmes et les jeunes filles.

Un récent rapport d’Amnesty International décrit également des cas de mariages forcés, d’esclavage sexuel, de grossesses forcées et de travail forcé imposés aux personnes enlevées par le groupe. Des villages entiers ont été incendiés et des centres de santé attaqués lors de certaines offensives.

Dès 2020, une enquête du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme estimait déjà que les attaques des ADF constituaient des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre en raison de leur caractère systématique et de leur brutalité extrême.

Une région en proie à des centaines de groupes armés

Au-delà des ADF, l’est de la RDC demeure le théâtre des activités de plus d’une centaine de groupes armés.

Parmi les plus connus figurent les FDLR, les différentes milices Maï-Maï, le CODECO en Ituri, ainsi que plusieurs groupes armés accusés d’atrocités, de pillages et de graves violations des droits humains contre les populations civiles.

Plusieurs rapports d’experts des Nations Unies évoquent par ailleurs l’existence de collaborations ponctuelles entre certains de ces groupes et des acteurs étatiques ou locaux, l’armée congolaise étant notamment pointée du doigt pour entretenir des liens avec les FDLR, groupe génocidaire issu de personnes responsables du génocide contre les Tutsi, ainsi qu’avec certaines milices locales.

Toutefois, plusieurs observateurs estiment que l’attention portée à la crise dans l’est de la RDC tend à se concentrer principalement sur le mouvement rebelle AFC/M23, qui contrôle une partie importante du territoire dans cette région, qui affirme lutter pour la défense des droits des communautés marginalisées, notamment les Tutsi congolais, victimes de discriminations et d’exactions.

Affiliées depuis 2019 à la branche d’Afrique centrale de l’État islamique, les ADF sont accusées de plus de 300 exécutions sommaires depuis le début de l’année
Selon les Nations Unies, les attaques attribuées aux ADF dans les provinces de l'Ituri et du Nord-Kivu, ciblent principalement les populations civiles, avec des massacres perpétrés dans des villages isolés, des enlèvements de civils et des destructions de biens
Plusieurs observateurs estiment que l’attention portée à la crise se concentre principalement sur l’AFC/M23, reléguant au second plan les exactions commises par d’autres groupes armés actifs dans l’est de la RDC