Fondatrice du parti politique DALFA-Umurinzi, qui n’est pas enregistré légalement au Rwanda, Victoire Ingabire fait l’objet de poursuites à la suite d’une décision rendue le 19 juin 2025 par la Haute Cour. Les juges avaient alors ordonné l’ouverture d’enquêtes complémentaires après avoir estimé insuffisantes les explications qu’elle avait fournies dans une affaire connexe impliquant plusieurs de ses anciens collaborateurs.
Cette décision faisait suite à son témoignage concernant des séances de formation auxquelles auraient participé d’anciens membres de DALFA-Umurinzi. Selon le ministère public, ces formations faisaient partie d’une stratégie visant à encourager la population à s’opposer aux autorités à travers des campagnes organisées.
L’opposante a soutenu que les formations en question n’avaient pas été organisées par son mouvement politique et qu’elle n’en avait aucune connaissance. Toutefois, certains accusés ont affirmé qu’elle aurait financé l’accès à Internet utilisé lors de ces activités.
Après examen de ses déclarations, la Cour a estimé qu’elles ne permettaient pas d’éclaircir suffisamment les faits. Les juges ont conclu que le dossier contenait des éléments nécessitant des investigations supplémentaires, conduisant ainsi le parquet à ouvrir une enquête formelle qui a abouti à son arrestation.
À la suite de cette procédure, le Tribunal de première instance de Kicukiro a ordonné son placement en détention préventive pour une durée de 30 jours, afin de permettre la finalisation du dossier avant son transfert devant la Haute Cour.
Par la suite, Victoire Ingabire a contesté la procédure devant la Cour suprême, soutenant que l’article 106 du Code de procédure pénale, utilisé pour la convoquer dans cette affaire, était contraire à la Constitution. Cette démarche a temporairement suspendu l’évolution du dossier principal impliquant ses coaccusés, dont la phase de défense était déjà achevée, en raison du lien existant entre les différentes procédures.
Le 27 mars 2026, la Cour suprême du Rwanda a rejeté le recours introduit par Victoire Ingabire et a jugé conforme à la Constitution l’article 106 du Code de procédure pénale. Cette décision a ouvert la voie à la poursuite de la procédure devant la Haute Cour.
Lors de la reprise des audiences, prévue le 15 juin 2026, Victoire Ingabire devra répondre aux accusations portées contre elle. Le ministère public présentera ses arguments ainsi que ses réquisitions, tandis que la Cour examinera également les moyens de défense avancés par les autres personnes poursuivies dans le même dossier.
Victoire Ingabire est notamment poursuivie pour création ou direction d’une organisation criminelle, incitation à des troubles publics, atteinte au gouvernement en place, diffusion de fausses informations ou de propagande destinée à discréditer l’État à l’étranger, propagation de rumeurs, complot contre l’autorité de l’État et incitation à manifester.
Selon l’accusation, ces faits sont liés à des séances de formation qui auraient été organisées en 2021 à l’intention de membres de DALFA-Umurinzi. Le parquet affirme que les participants auraient été encadrés par des formateurs étrangers s’appuyant sur l’ouvrage "Blueprint for Revolution" de l’auteur serbe Srdja Popovic, un livre consacré aux méthodes de mobilisation politique non violente et aux stratégies de résistance civile.
D’après les enquêteurs, les discussions tenues lors de ces formations auraient porté sur plusieurs sujets de préoccupation locale, notamment la fiscalité foncière, les difficultés rencontrées par les conducteurs de motos-taxis ainsi que les questions liées au logement, dont le dossier de relocalisation des habitants de Kangondo.
Les autorités soutiennent également que les participants auraient élaboré plusieurs stratégies de mobilisation baptisées « Opération Shira Ubwoba » (« Enlever la peur »), « Opération Serwakira » (« Tornade ») et « Opération Umuturage Imbere » (« Le citoyen d’abord »).
Selon le ministère public, l’« Opération Shira Ubwoba » visait les commerçants informels, avec pour objectif de les mobiliser en présentant les mesures de contrôle prises à leur encontre comme injustes. Cette stratégie aurait notamment prévu la création et la diffusion de chansons mettant en avant leurs conditions de vie.
Le parquet affirme par ailleurs que l’« Opération Serwakira » ciblait les personnes affectées par des conflits fonciers. Cette initiative aurait consisté à distribuer des tracts dans différentes régions du pays, d’abord sous forme vierge, puis accompagnés de messages dénonçant diverses préoccupations liées à la fiscalité, aux violences et aux disparitions.
S’agissant de l’« Opération Umuturage Imbere », les autorités estiment qu’elle aurait été conçue comme une réponse au slogan du parti au pouvoir plaçant « le citoyen au centre » de l’action publique. Selon l’accusation, cette stratégie abordait des questions telles que les expropriations foncières, la fiscalité et la situation des commerçants informels. Elle aurait également prévu des actions symboliques liées au dossier de Kangondo, notamment des manifestations coordonnées impliquant des documents imprimés et des vêtements spécifiques.


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