La cérémonie a réuni des responsables politiques, dont les chefs d’État des deux pays, les présidents Emmanuel Macron et Paul Kagame, la Première Dame du Rwanda, Jeannette Kagame, des diplomates, des représentants d’associations mémorielles, de nombreux invités ainsi que des survivants.

Jeanne Uwimbabazi a indiqué qu’elle était arrivée en France le 5 juin 1994 avec 31 autres enfants grièvement blessés, évacués à l’initiative de Médecins du Monde afin de recevoir des soins médicaux. Âgée de 16 ans au moment du génocide, elle a expliqué que, malgré cette chance de survie, elle demeurait alors enfermée dans le traumatisme d’une tragédie qu’elle qualifie de « crime absolu ».

Elle a souligné la difficulté de mettre des mots sur un génocide qui a emporté plus d’un million de vies, évoquant également la perte de trois générations de sa famille. Selon elle, le témoignage demeure cependant un acte fondamental de résistance contre l’oubli et le négationnisme.

La rescapée est revenue sur les premiers jours du génocide. Elle vivait alors à Kigali avec sa famille et préparait le baptême de sa nièce Ornella, âgée de 11 mois. Dans la nuit du 6 avril 1994, après l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, la situation s’est rapidement dégradée. Le lendemain matin, son père demanda à la famille de quitter le domicile pour se cacher. Quelques heures plus tard, il fut assassiné devant leur maison par des militaires de l’armée gouvernementale.

Séparée des siens dans la fuite, Jeanne Uwimbabazi parvint à rejoindre l’École technique officielle (ETO), alors protégée par les Casques bleus de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR). Convaincue d’y avoir trouvé refuge, elle y retrouva plusieurs membres de sa famille.

Elle a ensuite relaté l’évacuation des ressortissants étrangers le 11 avril 1994 et le départ des soldats de l’ONU, malgré la présence d’environ 2 000 réfugiés majoritairement tutsi à l’intérieur du site. Selon son témoignage, les Casques bleus assurèrent d’abord qu’ils resteraient sur place avant de quitter finalement les lieux, précédés par une jeep transportant des militaires français.

« Ils nous ont abandonnés. Ils avaient reçu l’ordre. Leur seule présence aurait suffi à nous protéger », a-t-elle déclaré, s’interrogeant encore aujourd’hui sur la chaîne des responsabilités ayant conduit à cette décision et sur l’absence de comptes rendus par les responsables concernés.

Peu après ce départ, les réfugiés furent livrés aux miliciens et aux militaires qui les conduisirent vers Nyanza-Kicukiro, où de nombreux massacres furent perpétrés. Jeanne Uwimbabazi y perdit sa mère Angéline, sa sœur Marie-Josée, plusieurs oncles, tantes, cousins, amis et voisins. Blessée à la machette après avoir tenté de se cacher, elle survécut de justesse.

Elle a raconté avoir été secourue quelques jours plus tard par des combattants du Front patriotique rwandais (FPR), qui lui prodiguèrent les premiers soins avant de l’emmener, avec d’autres rescapés, dans des zones sécurisées. Elle a rendu un hommage particulier aux soldats qui lui ont porté secours, citant notamment un combattant prénommé Victor et le capitaine Evode.

« Pour la première fois depuis 32 ans, permettez-moi d’exprimer au Président Paul Kagame et à ses hommes ma plus profonde reconnaissance. Nous vous devons notre vie », a-t-elle déclaré.

Après avoir été prise en charge dans les zones libérées par le FPR, Jeanne Uwimbabazi fut transférée en France où elle poursuivit ses soins médicaux et reconstruisit progressivement sa vie grâce au soutien d’une famille d’accueil devenue sa « nouvelle famille ».

Elle a également évoqué son engagement de longue date dans le devoir de mémoire, expliquant avoir témoigné dès que son état de santé l’avait permis, notamment aux côtés de l’association Ibuka. Selon elle, les rescapés ont dû faire face en France à des formes persistantes de négationnisme après le génocide.

Saluant l’inauguration du mémorial parisien, elle a estimé que celui-ci constitue à la fois une réparation symbolique, un outil pédagogique et un espace de transmission destiné aux générations futures. Ce lieu, a-t-elle souligné, permet de réinscrire durablement la mémoire des victimes dans l’espace public et d’encourager la réflexion sur les mécanismes ayant conduit au génocide.

Enfin, tout en se félicitant des condamnations prononcées en France contre plusieurs personnes reconnues coupables de participation au génocide contre les Tutsi, Jeanne Uwimbabazi a plaidé pour que les futurs procès liés à ces crimes puissent se tenir au plus près des lieux où ils ont été commis.

Elle a estimé qu’il est essentiel que les survivants et les familles des victimes puissent assister à ces audiences, rappelant que la justice constitue également un espace de confrontation entre les faits, les auteurs et les victimes, indispensable au travail de mémoire et de deuil.

Jeanne Uwimbabazi, rescapée du génocide contre les Tutsi, a retracé les épreuves qu’elle a traversées, tout en saluant ceux qui lui ont porté secours et ont contribué à sa survie
Uwimbabazi s'exprimait à l’occasion de l’inauguration à Paris du mémorial des victimes du génocide contre les Tutsi
Le mémorial dédié aux victimes du génocide contre les Tutsi a été inauguré par le Président Emmanuel Macron aux côtés du Président Paul Kagame et de la Première Dame Jeannette Kagame